Une belle aventure à laquelle tout le monde est invité à participer !
Rappeurs du Maroc, d’Inde ou de Palestine, citoyens amazigh, journalistes maliens, étudiants grecs et kenyans, DJ argentin, jeunes associatifs du Tchad ou du Liban… Tous sur le pont pour secouer les ghettos.
Tous les ghettos ! Territoriaux ou mentaux, culturels ou sociaux, tout ce qui confine nos actions, étrique nos visions, nous empêche d’avancer vers un monde où la diversité et la nouveauté sont vus comme des moteurs, pas des menaces !
Soutenu par l’Unesco, coordonné par des journalistes indépendants, NoGhetto chronique le monde à travers les regards de jeunes issus de bleds et de cultures différents. Sans misérabilisme ni optimisme guilleret : juste au cœur de la vie, la vraie !
Pour continuer sa route, NoGhetto a besoin de toi. Besoin que tu le fasses connaître, besoin que tu proposes tes idées, que tu donnes ton avis, que tu témoignes de ta vie... On peut compter sur toi ?
Comédienne, réalisatrice, née au Portugal, installée à France, Maria de Medeiros tourne aussi en Italie, au Brésil, aux Etats-Unis… Actrice, oui. De sa vie. Et du monde.

Tu es à l’affiche de deux films, l’un français, l’autre italien [1]. Ton regard sur la vitalité de ces deux cinémas ?
Le cinéma italien se débat dans des problèmes économiques terribles, la production et la distribution de films y est beaucoup plus difficile qu’en France. Malgré tout, une nouvelle vague est en train d’émerger, foisonnante d’idées, très créative du point de vue des contenus et des regards. Autre différence : tu peux faire une immense carrière en Italie en étant slovaque, sans être cantonnée dans des rôles d’étrangères. Dans Riparo, aucun des trois acteurs principaux n’est italien. [2] Et ça n’a posé de problème à personne. Inimaginable en France ! Moi qui vis là depuis vingt ans, je n’y suis toujours pas encore considérée comme française…
Tu te sens un rôle d’ambassadrice de la culture portugaise ?
Pas seulement : je crois que nous sommes porteurs de toutes les cultures qui nous habitent. En jouant une Française dans le film brésilien Le conteur d’histoires (2008), je me suis senti représentante de ce pays… D’autant que j’avais déjà incarné Sarah Bernhardt dans O Xango de Baker Street (2001).
Ton regard sur le Portugal ?
Longtemps terre d’émigration, il accueille aujourd’hui de plus en plus d’étrangers. Certains s’en plaignent, mais ce n’est que juste retour des choses ! On se sent un lien avec ces arrivants d’Afrique, du Brésil… Depuis quelques années, le pays reçoit aussi de plus en plus d’Ukrainiens. Une immigration très intéressante, des gens venus de l’autre bout de l’Europe qui, en quelque mois, apprennent la langue, font leur place dans la société, lui donnent un dynamisme incroyable – qui contraste avec l’inertie portugaise ! Ils apportent quelque chose d’important et de salutaire, qui m’émeut beaucoup. Sur ce sujet, ne pas rater le documentaire Lisboetas, de Sérgio Tréfaut. Un regard magnifique, une dimension universelle.
Aujourd’hui, la culture lusophone semble davantage irradier du Brésil que du Portugal. Une guéguerre entre les deux pays ?
Rien que de très bon enfant ! Le rapport du Portugal avec ses ex-colonies n’a rien à voir avec celui de la France. Celle-ci refuse de regarder en face les aspects les plus noirs de son passé. Elle est dans le rejet, a du mal à reconnaître ce qui est. Entre le Portugal et ses anciens territoires d’Afrique et d’Amérique, l’affect est énorme. Nous savons que des aspects très violents nous a rapprochés, mais nous restons intimement liés. Désormais, ne subsiste que le bon : la langue, la musique… Une histoire de fraternité, d’émotion, axée sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous sépare.
Capitaines d’avril, ton premier long-métrage en tant que réalisatrice, était consacré à la Révolution des œillets [3]. Le prochain parlera du mouvement de libération des femmes en France… D’où te vient cette conscience politique ?
J’ai été élevée comme ça. Enfant, j’ai vu Rome, ville ouverte [4] : un film très violent sur la Gestapo, véritable vaccin anti-fasciste. Quand on vivait en Autriche, mes parents m’ont emmenée visiter les camps de concentration. Je leur en suis très reconnaissante. Aujourd’hui, j’ai envie d’œuvrer en faveur de tout ce qui peut ouvrir le public français vers le monde, à l’encontre des tendances au repli, du refus de voir les problèmes en face, de la croyance qu’on est différent des autres et que certaines questions ne nous concernent pas… Arrêter de rester arc-bouté sur une prétendue exception, être positif, curieux, concerné.
Par quels biais ?
Pour moi, le fondement de tout, la priorité absolue, c’est l’éducation : sans elle, pas de réelle démocratie. La régression actuelle est le signe de peuples manipulés par des classes dirigeantes de plus en plus sclérosées, touchées par le déclin de la formation culturelle, coupées de la réalité, très ignorantes du monde et de l’histoire... Donc enclines à reproduire les erreurs du passé, à retomber dans les mêmes aberrations, les mêmes violences.
On dirait qu’il y a toujours quelque chose de politique dans tes choix artistiques…
C’est vrai, notamment pour Riparo. Le scénario évoque des thèmes brûlants d’actualité : le rapport à l’étranger, la complexité des rapports Nord / Sud, le pouvoir d’être bienfaiteur ou bourreau… La force du film est aussi d’aborder des sujets tels que l’homosexualité et l’immigration non comme des « problèmes » (ce n’en sont pas !), mais comme de simples faits de société. L’histoire d’un couple dont les protagonistes se trouvent être deux femmes, et non une fille et un gars, confrontées à une relation à trois – toujours compliquée ! Ce film m’intéresse également parce qu’il explore la notion de famille : celle dont on est issu, celle que l’on se choisit.
Riparo se termine en point d’interrogation : n’est-on pas trop conditionné par un milieu et une éducation pour changer ?
C’est effectivement une des questions soulevées par le film. Les fluctuations de notre société depuis les années 70 nous enseignent à quel point rien n’est acquis. Avancées, puis retours en arrière… A bien des égards désespérant !
Dans le spectacle et le CD Little more blue, tu reprends des chansons brésiliennes des années 70. Toujours dans un esprit de transmission ?
J’ai découvert ce répertoire quand ma famille est revenue vivre au Portugal en 1974. Le Portugal célébrait sa libération, mais le Brésil, lui, était encore en pleine dictature. Des artistes comme Gilberto Gil et Caetano Veloso résistaient en composant une musique engagée, très subversive, jouant avec la censure. J’ai eu envie de traduire ce patrimoine pour le faire découvrir aux Français, qui n’ont souvent de la culture brésilienne qu’une vision légère et exotique. Pour moi, ces musiques sont indissociables de leur caractère politique.
Tu viens d’être nommée artiste de l’Unesco pour la paix. Kézako ?
L’actuel gouvernement portugais a émis le souhait d’associer mon travail au programme d’éducation artistique de l’Unesco. J’ai ainsi participé à une série d’ateliers et de concerts au Mozambique. Dans les écoles, mais aussi en dehors, afin de toucher les enfants les plus exclus. Dévasté par seize ans de guerre civile, le Mozambique fait aujourd’hui preuve d’une soif et d’une créativité incroyables, qui s’expriment beaucoup par les arts. Dans la rue, plein de jeunes vendent leurs œuvres, et beaucoup sont de qualité ! Certains font un travail super en récupérant et détournant du matériel de guerre…
Projet que t’aimerais qu’on te propose ?
J’ai été tellement gâtée jusqu’à présent par des choses inattendues, tombées du ciel, que je préfère ne pas répondre, de peur de rompre la magie !
EN QUELQUES DATES
1965 Naissance à Lisbonne. Mère journaliste, père musicien classique. « J’ai connu Malher avant les Rolling Stones ! »
1974 Après plusieurs années en Autriche, retour familial au Portugal
1980 Premier rôle au cinéma (Silvestre, de Joao César Monteiro)
1982 Installation à Paris, études d’art dramatique
1994 Petite amie de Bruce Willis dans Pulp Fiction (Tarantino). La carrière de Maria prend de l’ampleur, en France, au Portugal et ailleurs
2000 Capitaines d’avril, premier long-métrage en tant que réalisatrice. Sélection officielle à Cannes
2005 Rôle dans la série Vénus et Apollon, diffusée sur Arte
2007 Réalisation du documentaire Je t’aime moi non plus, sur les relations entre artistes et critiques
2008 Spectacle et album Little more blue. Artiste de l’Unesco pour la paix
VERSION SCENE
16 novembre, théâtre Marigny (Paris) Concert en faveur de la Chaîne de l’espoir. www.coline-en-re.com
24 novembre, théâtre de l’Odéon (Paris) Aux côtés de Catherine Ringer (Rita Mitsouko) en hommage au compositeur italien Nino Rota